LES HÉROS
 
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AUGUSTIN MEAULNES
YVONNE de GALAIS

Il est le héros éponyme et, si les élèves de Sainte-Agathe ne l’appellent plus que « le grand Meaulnes », c’est à cause, à la fois, de son aspect physique et de l’ascendant qu’il exerce sur eux grâce à sa stature de héros.

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Yvonne de Galais est le double mystérieux d’Yvonne de Quièvrecourt, jeune fille brièvement entrevue, autour de laquelle tout s’est cristallisé.
La rareté de sa présence dans le récit n’empêche pas qu’elle en soit le centre et la raison d’être.
Son portrait
Son portrait


Décrit dans sa première présentation au début du roman, comme « un grand garçon », aux « cheveux complètement ras comme un paysan », malgré les années qui passent, il restera, tout au long du récit, « un grand gars au visage osseux » (p. 158), dont la barbe seulement souligne l’accès à la maturité. Se différenciant des autres élèves par son goût du silence, il cultive cette aptitude qui crée autour de lui une curiosité, une attente. Avec Meaulnes, tout jeu, toute expérience peut se transformer en « aventure », c’est-à-dire que tout se charge d’étrangeté et de mystère. Il en a le goût et, en éternel nomade, il a des points communs avec ces bohémiens auxquels il finira par s’identifier.



On trouve dans le roman deux portraits de cette jeune châtelaine inoubliable (pp. 69 et 147) ; tous deux suscitent les mêmes impressions de délicatesse et font d’elle une jeune femme frêle à la beauté irréelle chez qui tout dit la fragilité physique.
Dans le roman, de multiples détails physiques, comme ses gestes lents et mesurés ou la finesse extrême de sa silhouette, annoncent sa mort prématurée et préparent le lecteur au dénouement tragique puisque, à la différence de Meaulnes, son aspect se dégradera progressivement tout au long du récit .

Psychologiquement, on retrouve cette délicatesse et, dans la première scène, qui n’est pas sans rappeler celle où Frédéric Moreau observe, à la dérobée, Madame Arnoux, Meaulnes, « accoudé », lui aussi, « sur le pont » est frappé par la douceur infinie qui émane d’elle (pp. 68-69).
Cette douceur et cette délicatesse de sentiments se traduisent par une réelle attention aux autres. Loin d’être un personnage éthéré, elle possède une gravité et un sérieux qui en font une jeune femme compréhensive et sensible, tournée vers autrui comme le montre son désir d’exercer le métier d’institutrice.

Si ses paroles révèlent donc toujours générosité et bienveillance, on la sent néanmoins en proie permanente à une crise intérieure et « sa lèvre mordue » dont parle si souvent le texte donne la dimension de ce qui se joue en elle.

Yvonne de Galais n’est donc pas le personnage lisse qu’elle pourrait sembler être, elle est dotée d’un caractère affirmé et réaliste qui contraste avec son apparence immatériellement fragile et surtout avec l’image idéalisée que s’en fait Meaulnes.

L’illusion et la réalité
Du mythe à la réalité

A la recherche des paradis de l’enfance, Meaulnes porte en lui le rêve d’une harmonie parfaite, un rêve d’amour absolu, mais ce rêve est tellement parfait qu’il ne peut être qu’inaccessible. Par cet aspect excessif, il touche à une forme de folie et devient pour Yvonne de Galais ce « grand jeune homme fou » qui la cherche.

Le héros entre donc dans un monde qui relève du
« merveilleux » et qui le métamorphose.

 


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Il paraît touché par une sorte de lumière, à la façon du noble chevalier qui a reçu une révélation divine.



A peine aperçue, elle est choisie pour épouse et future mère. A cause de l’atmosphère musicale qui l’enveloppe et rappelle à Meaulnes le souvenir de sa mère jeune, Yvonne devient même l’image vivante de tous ses désirs. Ainsi, dans la mesure où elle ressemble à son rêve d’enfant, elle incarne désormais celle « qui était à la fin de tous les rêves » (p. 195) : la femme idéale. Dès lors, son image ne cesse de le hanter et cette châtelaine lointaine au cœur de son domaine perdu prend le statut d’idole inaccessible.


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Mais, il y a chez Meaulnes un tel désir d’absolu qu’il ne peut concrétiser une forme de bonheur dans la réalité. Son échec vient de cette impuissance à retenir l’enfance, un instant restituée lors de la fête. Ainsi s’explique aussi le dénouement où, par procuration, Meaulnes s’apprête à revivre les aventures du monde de l’enfance puisqu’il ne se résigne pas à la défaite.



Cependant, après l’épisode des retrouvailles, le destin d’Yvonne prend un sombre tournant. L’inquiétude, la souffrance, la maladie, l’agonie – dépeinte avec réalisme
(p. 200) – puis la mort s’enchaînent irrémédiablement.
Le rêve est détruit. La réalité peut donc l’emporter.
La déchéance et la mort d’Yvonne symbolisent la fin de l’idéal.
LES ACTEURS : LEUR CHOIX, LEUR RÔLE

 

Dans le film, dès qu’elle s’élance dans la ronde avec les enfants, Clémence Poésy, couronnée d’une « lourde chevelure blonde », apparaît fine et délicate, dans son extrême minceur, comme son modèle littéraire.

Nicolas Duvauchelle ne semble pas, quant à lui, réunir tous les critères physiques du personnage imaginé par Alain-Fournier car, même s’il est grand et blond, il n’a pas adopté les cheveux ras des paysans et son visage n’est pas à proprement parler « anguleux ». C’est donc par son jeu qu’il va s’efforcer de s’identifier au héros, par exemple, en repoussant cette mèche un peu rebelle, qui lui donne un air sauvage, ou avec ce regard volontairement hautain qu’il adopte volontiers.
Physiquement, l’évolution dans le temps est peu marquée contrairement au roman où de nombreux indices du dénouement tragique jalonnent le récit.

En ce qui concerne le caractère des personnages, on note, pour Yvonne, une certaine dureté, dans l’attitude, le timbre de voix ou le ton, qui ne correspond pas vraiment à la bienveillance, à l’extrême sensibilité ni à la bonté de la jeune femme dans le livre, même si cette impression se dissipe au fil du film.
De même, si, pour justifier l’ascendant qu’Augustin exerce sur les autres élèves, le cinéaste invente la scène de la baignade, le personnage y perd une partie de ce charisme naturel qui, seul, impose le respect.



Meaulnes et Yvonne sont des personnages secrets, qui se livrent peu et les paroles dans le roman sont rares, les échanges brefs voire laconiques. Le film en revanche multiplie les dialogues qui effacent quelque peu le mystère de ces personnages littéraires marqués par le silence. Le parti pris du réalisateur est résolument réaliste.


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